Bali : La face cachée des photos postées sur les réseaux sociaux

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, ce n’est plus ce que chacun vit qui compte, mais la photo mettant en valeur ce que chacun vit.

Et si l’on retournait l’appareil photo pour voir ce qu’il y a derrière toutes ces images idylliques et spectaculaires sur le net ? Agrandissons le cadre pour voir comment sont prises ces photos. Découvrons par quoi doivent passer ceux qui veulent poster la photo qui va faire le buzz.

De GROSSES surprises nous attendent  

 Pour le lever du soleil sur le Batur : Voici la photo idéale, parfaite. Vous posez seul(e) dans ce paysage de rêve.

Si l’on agrandit un peu le cadre, la foule sur le sommet apparait.

Ou encore si l’on retourne l’appareil photo :

Cette foule qui est arrivée quasiment en même temps que vous car toutes les agences, tous les hôtels vendent exactement la même chose, a grimpé en file indienne toujours en même temps que vous? Chacun ayant dû payer en plus un guide fort peu utile qui est imposé par le système local. Mais vous l’avez bien méritée cette photo, la montée était rude pendant près d’une heure et demie dans le froid.

Pour le lever du soleil sur le Bromo (sur Java à côté de Bali), là vous êtes monté en Jeep sur la toute petite route qui grimpe jusqu’aux plateformes construites pour le lever du soleil. Cette fois ce sont donc les Jeeps qui montaient en file indienne tout en polluant généreusement.

La photo est magnifique, mais vous avez dû probablement jouer des coudes car il y avait beaucoup de monde pour un espace si restreint sur les plateformes. Puis les Jeeps sont descendues toutes en même temps pour vous déposer ) proximité de l’escalier montant au sommet du mont Bromo. Du coup c’était l’embouteillage pour monter, pire qu’un escalier du métro parisien aux heures de pointe..

Pour la super balançoire, the big swing près d’Ubud : pour réaliser la photo qui va faire rêver dans les chaumières :

Mais pour cela, vous devrez attendre votre tour 1 h au milieu des Chinois (nous étions dans une guesthouse heureusement à 200 m mais on les entendait quand même crier toute la journée) avant de disposer de seulement quelques minutes puisque beaucoup s’impatienteront derrière vous. 

Pour vous occuper et justifier le prix élevé de l’entrée, vous disposez de plusieurs autres cadres à photo parfaite, des cœurs ou des ronds en osier :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le summun est atteint au temple de Lempuyang : le must est la photo devant la porte, pile dans l’axe du cône du volcan Agung en arrière-plan. Certains sautent, d’autres lèvent les bras vers le ciel. Quelle expression spontanée du bonheur de voyager ! En voici une parmi tant d’autres, superbe non ?

Avec le volcan et la porte du temple qui se reflètent dans les eaux calmes et sereines du bassin sacré, aussi lisses qu’une plaque de verre… d’ailleurs, C’EST une plaque de verre. Là, on sent qu’on vous doit une petite explication.

Bon, vous avez l’habitude maintenant, vous devrez attendre 2 à 3 h au milieu des Chinoises à chapeau. que votre N° soit appelé. Aussi bien quà la Poste ou à la Sécu ! Il n’y a rien à redire, car cette fois-ci au moins, vous pouvez attendre à l’ombre sous un toit (photo de gauche).

 

Mais surprise ! Il n’y a pas de bassin, ni de mare, ni même d’inondation… C’est une cour toute banale devant la porte du temple

Puis quand arrive votre tour, vous donnez votre smartphone à un gars abrité sous un parasol au milieu de la cour. C’est lui l’habile manipulateur qui, moyennant une contribution bien entendu va réaliser le chef-d’œuvre pour Internet (photos de dessous).

Fallait y penser, et c’est quand même plus simple que de construire un bassin puis de l’entretenir, non ?

 

Ces descriptions sont basées sur tous les témoignages de voyageurs croisés pendant notre périple. Ils nous ont fait partager le leur. Ils étaient le plus souvent très heureux d’avoir fait ces expériences car ces lieux sont magnifiques. Mais tous en ressortaient un peu dépités quant à la manière dont cela se passait. Cet article existe donc pour vous éviter toute déception en découvrant tous ces lieux magiques de Bali d’une manière différente.

– Eviter les levers ou couchers de soleil : certes les sunsets offrent des conditions généralement favorables : les nuages ne sont pas encore formés, la mer est plus calme. Mais prenez la météo la veille : un lever de soleil peut être totalement couvert et cela peut se dégager dans la matinée (ce qui nous a permis de voir le Kelimutu hors des nuages à Florès, merci RV de t’être levé à 4 h pour vérifier). Si tout le monde va voir le lever de soleil, en changeant de côté vers l’Est, cela peut être aussi beau au coucher comme au Bromo par exemple (mais pas toujours possible selon la configuration des lieux)

– Quand on vous propose une activité, demandez combien vous serez pendant le transport mais aussi sur les lieux avec les autres opérateurs. Dès qu’on vous harcèle, ce n’est pas bon signe, c’est généralement qu’il y a des commissions derrière et donc une organisation de masse.

Enjoy !!!

 

NB : Voici le témoignage d’une voyageuse qui relate cette  »Tourinstagramisation » de masse : :

 » Les améliorations dans les transports ont permis une large démocratisation des voyages. Il y a encore peu de temps, on le regardait avec des yeux ronds et il était auréolé de prestige, celui qui s’était rendu en Chine , au Japon ou au Mexique . Roger Vailland dans son livre :  » Boroboudour  » nous relate son voyage en avion depuis Paris jusqu’à Batavia en 1950,  un périple de huit jours via Tunis, Tobrouk, Le Caire, Karachi, Bombay, Calcutta, Bangkok, Singapour, Batavia. Ces grands voyageurs étaient les héritiers des commerçants au long cours, des explorateurs et des grands reporters. Puis l’ailleurs a rétréci, et sont apparus les voyageurs sur la route des trois K [Kaboul, Katmandou, Kuta] qui se mirent en rupture de société pour changer la vie. Sur leurs traces, en marge des agences de voyages et du tourisme de masse, sont apparus de nouveaux touristes, motivés par la découverte d’autres modes de vie, souhaitant s’immerger dans d’autres cultures et vivre en pleine liberté le temps de leur voyage. Puis l’industrie du tourisme s’est emparée de ce créneau, proposant des destinations de plus en plus lointaines d’un bout à l’autre de la planète. Aux voyageurs ont succédé les touristes, lesquels ont été suivis par les vacanciers. Dès lors la nature même du voyage a changé : on en a ôté l’imprévu, le hasard et la spontanéité .Le voyage est maintenant programmé, les centrales de réservation gèrent les demandes, les agences, les voyagistes et les guides book gèrent les itinéraires.Tout est sécurisé, impossible d’arriver où que ce soit sans qu’un établissement hôtelier n’attende votre arrivée, le voyageur n’a plus qu’un semblant de libre arbitre : il est aiguillé sur tel ou tel établissement ou sur tel site. Son trajet lui même a été conçu, établi par d’autres dont il suivra les recommandations. C’est ainsi que la plupart des visiteurs reproduiront le même sempiternel trajet à Java pour voir Borobudur, Prambanan, le Bromo, le Kawa Ijen, puis à Bali, Ubud, Amed, les Gilis, Nusa Penida et retour en étant passé sans le savoir à coté de merveilles. Les courtes parenthèses de ces déplacements se referment, ils pourront dire :  »J’ai fait  » tel ou tel lieu , et c’est là ou l’on arrive au summum de l’absurde : faire la queue durant plusieurs longues minutes pour être pris en photo entre les portes du ciel a Lempuyang avec la duperie du miroir créant l’illusion d’un lac devant ce seuil ,raison pour laquelle de nombreux touristes viennent jusque la . Aller à l’autre bout du monde pour recevoir un numéro afin d’être appelé pour être pris en photo devant un site factice, c’est le comble de la perte totale de sens du voyage. Ainsi, le lieu de culte s’est transformé en une grande comédie Instagram avec une foule de touristes, qui ne déambulent pas dans le lieu pour admirer ses singularités architecturales, mais sont tous rassemblés sur les bords de sa place principale, à moitié endormis, attendant que leur numéro soit appelé pour pouvoir eux aussi être photographiés en train de prier, de contempler méditativement le sommet ou de sauter devant le Mt Agung entre les Portes du Ciel. Sans parler de la supercherie du photographe en chef, qui tient un miroir à l’horizontale sous l’objectif de son appareil photo pour produire un faux effet de reflet d’eau, faisant croire au monde extérieur qu’il y a un bassin d’eau romantique dans le temple ! Je savais que la frénésie d’Instagram avait perverti l’industrie du tourisme, incitant les tour-opérateurs à organiser des “excursions spéciales Instagram”, mais pas à ce point la.  » ….. Voici comment le voyage qui était l’aventure d’une vie est devenu, en quelques années, un acte de consommation vide de tout contenu, reposant sur de la désinformation et reproduisant celle-ci, géré, administré et exploité dans une économie de marché. « 

One thought on “Bali : La face cachée des photos postées sur les réseaux sociaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *