LUKLA II – Le Retour …. et le Bilan

Est-ce une caractéristique des pays froids ? Le pays de l’Everest, le Haut-Khumbu, c’est comme le Nord – Pas-de-Calais en France : tu pleures (de joie) quand tu réussi à y parvenir (cf nos aventures aéroportuaires de l’aller). Tu es super-heureux d’y être. Et tu pleures (de joie) quand tu réussi à le quitter. Parce vous vous en doutez, le bazar que nous avons connu à l’aller est démultiplié au retour par les impératifs de dates retour pour les occidentaux. Et voici ce que cela a donné pour nous. Nous avons comme beaucoup fait en une étape Namche – Lukla. Plutôt long et fatiguant car beaucoup de descentes ‘‘double peine ‘’ de l’aller à gravir, notamment la remontée finale sur Lukla avec ses 300 m de dénivelé. Nous avons un jour d’avance sur notre planning et notre billet d’avion retour est pour le surlendemain, le 14 octobre. Nous tentons, on ne sait jamais, de repartir un jour plus tôt mais le mauvais temps ne permet même pas de faire partir 90% de ceux qui étaient prévus ce jour-là, exactement comme la veille. Donc çà va être chaud ce 14 octobre : Il va falloir faire partir 90% du 12 et du 13 et 100 % du 14 ! Heureusement nous avons pu avancer notre vol de 2h et nous sommes prévus à 7h55. La journée sera la plus belle de tout notre séjour et les avions attaquent les premières rotations à 6h15… A 7h, miracle, on nous enregistre. Guillaume, un Français que nous avons affectueusement surnommé le ‘‘chat noir’’ pour avoir déjà passé deux journées dans la salle d’embarquement sans partir, est enregistré pour le vol après nous. Nous passons les contrôles de sécurité. Il sont ici basés  non pas sur des fouilles et autres machineries à rayons X, mais sur le dialogue et l’écoute mutuelle : ‘‘ Avez-vous des armes ? Des explosifs ? ’’ ‘‘- Non.’’ ‘‘- C’est bon, vous pouvez passez.’’ Enfin ! Après toutes ces années de défiance, confiance est de nouveau faite aux terroristes dans un bel état d’esprit de respect de la parole de l’autre. nous sommes au pays de la sagesse de Bouddha tout de même non ?

Précisons pour être complet que si dans les aéroports européens, on vous contrôle votre passeport au minimum 5 fois avant de monter dans l’avion ici, zéro fois suffisent. Autrement dit, nous aurions pu voyager sans problème avec un billet aux noms respectifs de Monsieur Oussama Ben Laden et Madame Brigitte Macron.

Bon, à part les questions de sureté, tout s’annonce pour le mieux : les rotations de Dornier 228 des 3 compagnies Summit Air, Sitta et Yeti / Tara (la nôtre) semblent bien parties et le temps reste au beau fixe. Par groupes de 14 passagers se précipitant soulagés à l’appel de leur n° de vol (souvent 13 car dans le bazar ambiant, il manque fréquemment un passager à l’appel), l’aérogare se vide progressivement. C’est une sorte de loto géant : si t’as pas les bons n°, tu tentes ta chance au tour suivant. A 9h, il ne reste plus que les passagers de 2 vols Yeti / Tara. Bon nous sommes confiants, une heure de retard rien de plus normal dans le contexte. Mais, problème, les atterrissages cessent. Au bout de ¾ h un avion Yeti / Tara, débarque ses passagers… et repart à vide. Les nuages commencent à monter. A 11h, un autre avion Yeti / Tara, débarque ses passagers… et repart encore à vide. Nous supposons qu’il remonte les passagers, bloqués la veille à l’aéroport de Phaplu comme cela a failli être notre cas à l’aller. La tension monte car nous n’avons naturellement aucune information. Nous craignons la répétition des scénarii des 2 jours précédents : pour Guillaume, notre sympathique chat noir, c’est la 3ème journée de suite qu’il vit la même situation et il vient de voir partir un à un tous ceux qui étaient restés bloqués avec lui les 2 jours précédents. Nous envisageons donc de passer un nouvelle nuit dans le froid, dans des conditions peut-être les pires que nous ayons connu car tous les lodges sont archipleins.  Pour éviter cela, nous envisageons même de craquer, comme beaucoup : tenter de rentrer en hélicoptère (300 $/p one way et un bilan carbone déplorable). Et soudain, à 11h19, alors que Phi avait préféré s’assoupir plutôt que de démarrer un épisode dépressif, tout bascule en 19 secondes. Quelqu’un crie depuis le tarmac vide :   »Flight : one, one, four ». CARTON PLEIN, c’est notre n° de vol ! Hélas pour Guillaume, qui n’est manifestement pas un pro du loto comme Joëlle, il avait le 1, le 4, mais le 6 n’est pas sorti. Nous l’encourageons à garder le moral. Nous décollons tout au bout de la piste, juste avant le précipice et là, troisième miracle en quelques dizaines de secondes, la chaîne de l’Himalaya s’offre à nous, presque entièrement dégagée, tout l’opposé de l’aller. Dans un réflexe instinctif lors du départ précipité, nous avons pensé à nous asseoir côté droit de l’appareil, et la vue vaut celle de tous les hélicoptères à 300 $. Quatrième miracle, nous croisons en vol 2 avions Yeti / Tara qui montent sur Lukla (dans le cercle rouge sur la photo): çà devrait faire au moins une Quine pour Guillaume ! Nous sommes soulagés pour lui.

Infos pratiques sur le TREK de GOKYO :

Il y a des lodges à chaque étape et même en octobre, nous n’avons pas eu de souci d’hébergement. Les chambres ne sont pas chauffées et plus basique tu meurs. Pas toujours propres. On peut recharger contre environ 300 Rp son téléphone et on peut même acheter quelques Gigas de données dans certains lodges.

Les prix grimpent avec l’altitude de manière exponentielle. Exemple avec une bouteille d’eau : 20 Rp à Katmandou, 100 à Lukla, 350 à Gokyo.  Comme cela nous fait le litre à 5 000 € au somment de l’Everest, pensez à faire fondre de la neige plutôt.

Ce trek est probablement l’un des plus beaux qui soient sur cette terre. Nous ne pouvons comparer avec celui du camp de base de l’Everest, mais il est certain que vous y serez beaucoup plus tranquilles, et signe qui ne trompe pas, la proportion de Français y est plus importante qu’à Namche Bazar ou vers l’Everest. Une plus longue et plus difficile variante consiste à faire non pas l’aller-retour dans la vallée de Gokyo comme nous, mais la boucle dite des 3 cols en une vingtaine de jours. Vous pouvez très bien l’alléger en fonction de votre état de santé et niveau de fatigue, en montant ou descendant par la vallée de Gokyo afin de faire seulement un ou deux cols. Le Renjo-La (5 360 m – La = Pass = Col) semble un peu plus facile que le Cho-La (5 420 m) et le Kongma-La (5 535 m) selon les états et les récits respectifs de ceux qui en arrivent.

Un guide n’est pas indispensable pour faire le trek du Gokyo. Il n’y a pas 36 chemins, le sentier est très aménagé. Une carte papier que l’on trouve à Namche ou un MapsMe sont largement suffisants pour compléter les infos de ce blog. En revanche, si nous avions eu la force de faire les cols Cho-La ou Kongma-La, nous aurions pris un guide car les longues étapes sont difficiles voire dangereuses selon les conditions météo et la période, avec des traversées de glaciers notamment dont les tracés ne sont pas évidents. Un hélico a dû en urgence aller chercher un fille tombée dans un lac glaciaire …glacé. Le Renjo-La est plus facile en comparaison.

Quant au portage, c’est une question plus délicate. Car faire porter ses affaires par quelqu’un d’autre n’est pas évident pour nous, même en se donnant bonne conscience du fait que cela fait marcher l’économie locale, et même si ceux qui ne prennent pas de porteurs sont extrêmement rares. Certains trekkeurs pensent arriver à porter leurs affaires mais renoncent dès les premières montées. De notre côté, très clairement, nous n’y serions pas arrivés sans un porteur pour nous deux. Il portait environ 17 kg soit loin des 40 à 60 kg habituels.

Ensuite, il se trouve que nous avons ‘‘épuisé’’ deux porteurs. Voici l’explication que l’on vous a promise plus haut. La région de l’Everest, le Haut-Khumbu, est celle de l’ethnie Sherpa, originaire du Tibet. Depuis la victoire d’Edmund Hilary sur le toit du monde avec le Sherpa Tenzig Norgay, le pays est peu à peu devenu  la Mecque des alpinistes auxquels sont venus ensuite se greffer les trekkeurs de tous poils. Les Sherpas, qui au départ étaient guides et porteurs pour les expéditions (150 par exemple pour une seule expédition), ont bénéficié de la manne apportée par toute cette activité et tiennent désormais les agences de trek, d’expéditions, les commerces, les hébergements… Les porteurs proviennent aujourd’hui d’autres ethnies, qui vivent plus bas dans la vallée comme les Raï. Ils trouvent ainsi un boulot mieux payé que les activités agricoles de ces vallées. Le problème est qu’ils n’ont pas la résistance des Sherpas habitués aux hautes altitudes. A tel point qu’une association écossaise envoie 2 médecins qui se relaient tous les 6 mois à Machhermo pour les informer et les soigner. Nous avons constaté que les agences emploient en général des guides et des porteurs en pleine possession de leurs moyens. En individuel en revanche, il faut bien se renseigner, ce qui n’est pas facile car les porteurs ne parlent pas Anglais en général. Prévoyez dans tous les cas de ne pas donner plus de 20 kg à chacun… même si la plupart trimballent entre 40 et 60 kg. Les porteurs s’arrêtent souvent en posant leur charge sur des murets prévus à cet effet mais vont plus vite que nous ensuite. Globalement donc, vous allez à peu près à la même vitesse mais il est important de respecter leurs poses et leurs repas. Ils ne préviennent pas quand ils ont l’intention de vous doubler, donc surveillez régulièrement vos arrières pour éviter de les gêner.

Leur salaire standard est de 2 000 Rps par jour hors pourboire. Ils sont totalement autonomes. Cependant, ils dépendent de vous pour le financement de leur hébergement et de leur repas. Car en général, ils vous conduisent dans des lodges qui leur offrent le gîte et le couvert en contrepartie du fait qu’ils vous y ont amené. Le prix de votre repas couvre bien largement les frais des lodges occasionnés par les porteurs, surtout qu’en général, ils aident pour le service. Tout cela fonctionne globalement bien, mais il faut s’assurer régulièrement que tout est bien OK pour eux. Nous avons lu que dans certaines lodges, ils n’étaient pas acceptés dans la salle commune, la seule qui soit chauffée. Autre exemple, vécu celui-ci : nous avons pris l’habitude en voyage de ne manger le midi que quelques biscuits ou autres en faisant deux bons repas le matin et le soir. Cela nous permet d’être bien plus libres, de bien profiter des journées sans la contrainte de trouver où l’on va manger le midi, ce qui n’est pas toujours évident selon où l’on se trouve. Et en plus en haute-montagne, pas d’arrêt ni de digestion qui cassent notre rythme. Mais du coup, nous avons fini par comprendre devant leur insistance pour que nous prenions un lunch complet que leur repas n’était plus gratuit pour eux, puisque nous ne commandions pas dans un restaurant où ils sont nourris en contrepartie en cuisine.

Le mal des montagnes : vous trouverez sur le net des fiches pdf bien faites sur le sujet. Ce que nous en avons compris en l‘expérimentant c’est que tout le monde a de manière plus ou moins marquée un ou plusieurs symptômes : essoufflement, mal de tête, toux, fatigue… Tant que cela reste léger, et ne vire pas en œdème ou vomissements, pas de soucis. Sinon, pas le choix, il faut redescendre. Si vous avez des doutes, faites-vous prendre votre taux d’oxygène dans le sang par un petit appareil très bien fait simplement en introduisant un index. Alerte en dessous de 60%. Certains guides, certains hôtels et bien sur le dispensaire de Machhermo en ont.

Quoi emporter ? Vous trouverez tout ce qu’il faut pour le trek à Namche Bazar (ou encore plus complet, à Thamel à Katmandu): doudounes, polaires, gants, duvets, cartes, lunettes de soleil, crème solaire, sac à dos, cape de pluie…à l’achat voire même mais plus rarement en location. Nous avons loué 2 duvets,  mais si vous choisissez des lodges bien pourvus en couettes ou couvertures, un sac à viande quand la propreté n’est pas au RDV suffit. Les duvets nous ont bien servi une fois, mais parce que c’est le porteur qui avait choisi le lodge, mal pourvu en couettes entre autres. On ne s’est plus fait avoir ensuite : c’est nous qui choisissions, tout en nous assurant que le porteur passe une bonne nuit avec deux bon repas (cf ci-dessus passage sur les porteurs).

Des chaussures de rando légères suffisent sauf si vous faites le Cho-La du trek des  3 cols car il y a des glaciers à traverser.

En conclusion : Une expérience magnifique, inoubliable et époustouflante. Des paysages variés, titanesques et de toute beauté. Tout est géant et difficile de trouver plus grandiose sur la planète. Pour être complet, il faut reconnaître que nos organismes ont souffert (et pas que les nôtres). Jusqu’à la zone des 4000 m, à part l’essoufflement, tout va bien (Comme jusqu’à Namche Bazar ou sur le petit trek de Poon Hill vers les Annapurna). Dans la zone des 5 000 m, la toux (quasi inévitable et tenace), la fatigue, le froid et le confort basique de chez rudimentaire, voire quelques difficultés à dormir ou mal de tête, usent rapidement. Rien de méchant, il suffit de le savoir, de s’y préparer au mieux, et de prévoir des temps de récupération pendant et après. Et ne pas tergiverser si les vomissements et les œdèmes arrivent (Il y eu 2 rapatriements sanitaires quand nous étions à Gokyo).

One thought on “LUKLA II – Le Retour …. et le Bilan

  1. Bravo vous l avez rêvé vous l avez fait. On voit qu’ rv n était pas pour faire la causette à Joëlle et l empêcher de dormir. Biz

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *